Développé avec Berta.me

  1. ++ textes

  2. "Cœur des villes et des mortels : Catherine Merdy"

    Catherine Merdy affranchit les représentations qu’elle propose en les donnant comme fiction. Celle-ci les dérobe à toute stabilité, à toute positivité, à toute volonté de contrainte. Elle cherche aussi à révéler la relation paradoxale qui lie et délie le corps au paysage. Et c’est là son enjeu entre image et réalité, existence et non existence dans un jeu de cache-cache et de révélation selon une relation où le paysage est mis en exergue. Il se révèle plus important que ceux qu’il écrase. Mais l’artiste suit à travers lui une errance personnelle qui devient le fondement de son travail.
    Catherine Merdy déclenche son appareil « de manière instinctive et physique, sans forcément viser, comme on joue du hasard, comme une paupière qui cligne, pour capter et garder les mouvements spontanés et les couleurs changeantes de la vie ». Dans de telles prises du monde urbain parsemé de signes et consignes les êtres se perdent au moment où l’artiste mesure leurs dérives.
    Dans ses diptyques deux images inaliénables créent des rapports et histoires inédits. Une mise en abîme et une reconstruction poussent à la réflexion face aux « choses » de la vie et de la ville. A Paris,  Bruxelles, New-York, Beyrouth (entre autres)  la créatrice par ses déambulations nocturnes et photographiques devient l'actrice aventurière des jours de tous les jours et de comprables nuits. La vie surgit à l’état brut dans un réel qui redevient un territoire inconnu. Catherine Merdy parle a juste titre de son travail comme  d'« explorations-voyages" propre à interroger la vie urbaine.
    Il s’agit chaque fois d’atteindre le merveilleux des « immondes cités »  dont le cœur change plus vite que celui des mortels (contrairement à ce que pensait Baudelaire).  Pour le prouver, à la perfection perfection technique Catherine Merdy préfère ses « toyscameras » (Lomo LCA, Lubitel, Sténopé). Ils laissent le jeu libre à la liberté loin de tout souci de mise en scène ou de « documentarité ».

    Jean-Paul Gavard-Perret - 2016

  3. -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

  4. 2 de Catherine Merdy

    Catherine Merdy vient de publier son premier livre aux éditions Landscape : des diptyques lomographiques dont le principe lui a été inspiré par l’an 2000 : « ... un chiffre si clair, un deux suivi de trois zéro. Je venais d’avoir 32 ans ; je collectionnais depuis deux années une foule d’images de mon quotidien. »

    Ses instantanées urbains en couleur, fortement saturés, dans lesquels les numéros sont récurrents, justement, au même titre que nombre d’idéogrammes, sont réalisés avec un minuscule Lomo, réplique russe et bas-de-gamme du célèbre Minox.
    Le travail de Catherine dépasse largement le phénomène de mode bobo de la lomographie et la pauvreté du manifeste (« Don’t think just shot »), relayé par la pratique du Holga ou du Diana – appareils entièrement en plastique.
    La pensée est bien là mais plus intuitive que dans d’autres pratiques, moins cérébrale, plus corporelle... Chaque image du livre possède son autonomie mais est même temps influencée, positivement « contaminée », par l’image qui est mise en regard de celle-ci.
    L’univers très personnel de la photographe, souvent nocturne, à la limite de l’onirisme, est fait de fragments granuleux de lumière incertaines. Ce sont des instantanés d’errance. Le regard semble flottant, empreint d’une douce fatigue (en particulier celle qui résulte de la répétitive trilogie « métro boulot dodo »...).
    L’appareil enregistre les micro-événements de notre vie quotidienne de citadins, comme, pour reprendre l’expression de Catherine, « une paupière qui cligne ».

    septembre 2006, par Yannick Vigouroux pour lacritique.org